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La souveraineté des drones commence à l'atelier

Jeremy Perrin
Jeremy Perrin
La souveraineté des drones commence à l'atelier
13:29

La semaine dernière, j'ai participé à une table ronde sur la souveraineté aux Journées Drones par Aerospace Valley, à Cahors, animée par Xavier Bourguignat, aux côtés d'Esma Mekraoui (Tekever) et de Christian Bachellerie (Delair).

La question posée était simple à formuler et difficile à trancher : qu'exige réellement la souveraineté drone européenne. Esma a ouvert avec la définition qui a structuré la suite de l'échange. La souveraineté, ce n'est pas un drone qui sort d'une ligne de production. C'est un utilisateur capable d'acquérir, d'opérer, de maintenir et de délivrer la mission pour laquelle ce drone a été conçu, sans dépendance critique envers un acteur extérieur à la chaîne.

La souveraineté est un problème de chaîne de valeur, pas de produit

C'est cette définition qui détermine où se déroule le véritable travail. Ce n'est plus la conception d'une seule entreprise, c'est une chaîne de valeur entière : industriels, utilisateurs, universitaires, centres d'essai, régulateurs, organismes de certification. Le point d'Esma, celui qu'Aerospace Valley pousse depuis un moment, c'est que ces acteurs collaborent déjà. Le problème, c'est qu'ils agissent trop souvent en séquence plutôt qu'en parallèle. Faire avancer toute une chaîne de valeur au même rythme, sans se contenter de passer le relais une fois sa part terminée, c'est ce qui transforme une collection de fournisseurs en un ensemble réellement souverain.

Les deux obstacles : la propriété intellectuelle du procédé et la donnée

Chez Connektica, nous aidons les fabricants de drones à produire plus vite, à des coûts compétitifs, tout en respectant le niveau de qualité qu'exigent leurs programmes. Et ce que nous observons sur ce marché, c'est que la souveraineté ne se gagnera pas autour d'un champion national unique qui concentre toute la valeur. Elle se gagnera avec une chaîne de PME capables de s'interconnecter et de produire ensemble, à l'échelle.

Deux obstacles se dressent aujourd'hui.

Le premier, c'est la propriété intellectuelle, et elle va plus loin que la conception elle-même. La propriété intellectuelle du procédé, la façon dont vous assemblez, intégrez et testez un produit, devient plus difficile à défendre et plus précieuse à posséder. La confier entièrement à un sous-traitant sans garder la maîtrise de votre propre procédé vous prive ensuite de la capacité à changer de fournisseur.

Le second obstacle, c'est la donnée. Quand chaque maillon de la chaîne utilise son propre format et son propre niveau de sécurité, c'est cette incohérence qui crée la faille. À cela s'ajoute la dépendance de nombreux industriels aux infrastructures cloud américaines, soumises au Cloud Act. Beaucoup contournent le problème avec des déploiements on premise isolés d'Internet, ce qui crée un nouveau problème : ça les déconnecte du reste de la chaîne qu'ils sont censés interconnecter.

Concevoir pour la production, pas à côté

Une grande partie de l'industrie du drone reste aujourd'hui pilotée par l'ingénierie, au sens où elle optimise d'abord la performance du design et se demande ensuite comment le fabriquer. Nous appelons l'alternative DFMAIT : design for manufacturing, assembly, integration and test. Cela veut dire réfléchir aux tolérances, à l'outillage et à l'automatisation dès la première revue de conception, pas une fois le premier prototype posé sur l'atelier. C'est le même cycle en V sur-qualifié que le spatial essaie de casser depuis dix ans, et le drone y arrive à son tour.

Financer la montée en cadence, pas seulement la concevoir

L'angle de Christian, chez Delair, était financier et non technique, c'est la partie de cet échange que les équipes de production entendent rarement. Le volume se trouve à l'export, mais y accéder demande d'investir dans l'outillage industriel et dans des approvisionnements à cycle long avant même que les commandes qui les justifient n'existent. C'est pourquoi le partenariat industriel de Delair revêt une importance particulière : il leur donne, dès la fin de cette année, un outil industriel capable de produire plusieurs dizaines de milliers de drones par an, contre quelques centaines l'an dernier, sans avoir à construire une culture de production automobile en partant de zéro. Deux ordres de grandeur en douze mois, aucun droniste n'y arrive seul.

Ce qui vient ensuite

La pression sur les cadences ne reste pas au stade de la conception. Elle atteint déjà l'atelier, et elle y arrive plus vite que la plupart des procédés industriels ne sont conçus pour l'absorber. Si votre ligne de production est ce qui se dresse entre un contrat et une livraison, réservez une session de découverte.

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