Cette semaine à Gatineau, j'ai participé à la table ronde de Space Bound 2026 "From Spending to Strength: Building Canada's Defence Capability", organisée par Space Canada au Musée canadien de l'histoire. Je suis intervenu aux côtés de Maria Lily Shaw (Novaspace), Chris Pogue (Calian Group), Ahmad Khorchid (Recherche et développement pour la défense Canada), David Musson (Lunar Medical) et Frédéric Grandmont (ABB). Merci à Space Canada d'avoir réuni industriels et pouvoirs publics autour de cette discussion.
La question posée était directe. Le Canada s'apprête à augmenter fortement ses dépenses de défense : que va produire concrètement cet argent ? J'ai répondu depuis la place qu'occupe Connektica au quotidien, dans les ateliers où l'on assemble, intègre et teste des satellites et des systèmes de défense.
Le spatial a toujours compté pour la défense. Ce qui a changé en cinq à dix ans, c'est l'échelle et la vitesse. Le secteur est passé de petits volumes de satellites pour la science et les télécoms à une production en série, parce que bâtir cette capacité est désormais la façon dont un pays protège ses intérêts.
Ce basculement a fait du spatial un secteur à double usage par défaut. Les mêmes composants sur étagère, les mêmes fournisseurs et souvent les mêmes ingénieurs servent les programmes commerciaux comme les programmes de défense. La guerre en Ukraine a ajouté une leçon que tous les pays alliés ont, je crois, désormais intégrée : on ne peut pas dépendre de capacités spatiales que l'on ne contrôle pas.
Les compétences d'abord. Une grande partie de notre savoir-faire repose sur quelques experts, dont beaucoup approchent de la retraite, et quand ils partent, les procédures et le jugement partent avec eux.
La chaîne d'approvisionnement est le deuxième point faible. Les Primes ont peu de visibilité au-delà de leurs fournisseurs de rang 1, et l'information circule encore par email, tableur et papier. Les goulots d'étranglement et les problèmes qualité apparaissent tard, à l'intégration ou aux essais finaux, quand ils coûtent le plus cher à corriger.
Les infrastructures souffrent d'un manque de coordination. Moyens d'essais, salles blanches et lignes de production sont dispersés et souvent sous-utilisés, et personne ne dispose d'une vision nationale de qui peut produire quoi, quand, et avec quelle capacité.
La vulnérabilité la moins discutée est numérique. On sait déjà que des composants critiques, le lancement et certains sous-systèmes viennent souvent de fournisseurs américains, soumis aux contrôles à l'export et aux priorités des États-Unis. Une grande partie de nos données de conception, de production, de qualité et de mission repose aussi sur des plateformes cloud et des logiciels américains. Avec le CLOUD Act, les autorités américaines peuvent contraindre un fournisseur basé aux États-Unis à leur remettre des données qu'il contrôle, même lorsqu'elles sont stockées dans un data center canadien. Un hébergement au Canada ne garantit pas un contrôle canadien.
Si j'aidais le gouvernement fédéral à arbitrer, voici les investissements que je prioriserais :
Derrière cette liste, il y a un changement dans la façon de financer les programmes. Aujourd'hui, les financements ciblent surtout les niveaux de maturité technologique (TRL). Les niveaux de maturité industrielle (MRL) méritent la même attention, et l'industrie doit adopter les pratiques DFMAIT (Design For Manufacturing, Assembly, Integration and Test) pour qu'un prototype devienne un produit fabriqué en cadence et à un prix compétitif.
C'est autour de ce problème que nous avons construit Connektica. La plateforme a d'abord été conçue pour la montée en cadence, quand les procédures AIT doivent être standardisées pour tourner en volume. La défense et le spatial combinent grande variété et forte complexité, nous l'avons donc étendue aux ingénieurs qui travaillent à bas TRL et ont besoin de marge pour itérer. Les mêmes instructions de travail numériques et séquences de test suivent désormais un produit du prototype et du modèle de vol jusqu'à la petite série et à la production. Comme les retours des opérateurs et les retours d'expérience sont capturés à chaque étape, le savoir-faire reste dans le processus quand un expert part à la retraite.
Côté chaîne d'approvisionnement, les fournisseurs exécutent à distance des gammes et des séquences de test validées, puis téléversent leurs données de test, dont la conformité est contrôlée avant l'acceptation des pièces. Un Prime détecte ainsi un écart sur le banc du fournisseur, bien avant l'intégration finale.
Les résultats sont mesurables. Chez Anywaves, les tests d'antennes sont devenus 32 fois plus rapides. Atem gagne plus de 2 500 heures par an, et Skynopy était pleinement opérationnel deux mois après son premier accès.
Nous appliquons aussi cet argument de souveraineté à nous-mêmes. Connektica est ITAR-free, et nous migrons toute notre infrastructure des hyperscalers cloud américains vers une infrastructure souveraine, non soumise au CLOUD Act.
Nous aurons réussi le jour où le Canada pourra construire, exploiter et remplacer ses propres satellites de défense, avec sa propre chaîne d’approvisionnement et le contrôle de toutes ses données.
Y parvenir dépendra moins des budgets annoncés que de la capacité de centaines de PME canadiennes à passer du prototype à la production en série sans perdre en qualité ni en traçabilité.
Vous êtes un industriel canadien et vous vous préparez à monter en cadence pour des programmes de défense ? Réservez une démo : nous vous montrerons comment votre AIT fonctionnerait sur Connektica.